49.3 = LE LBD INSTITUTIONNEL

Passage en force, le 49.3 est un signe manifeste de dictature et d’autorité. Il est employé soit quand la majorité se fissure, soit quand l’opinion publique se mobilise contre un projet de loi. Dans le cadre de la réforme des retraites, considérée comme la grande réforme du quinquennat, on peut parler de coup d’état social.


Malgré une opinion totalement défavorable, malgré une opposition syndicale musclée de la part de la Cgt notamment, malgré une diversité impressionnante de professions grévistes, malgré des rues en colère qui ne désemplissent pas, Macron a décidé de n’écouter personne et que forcément, comme c’était un de ses engagements de campagne, le projet doit passer à tout prix. Prétextant une dette dont il creuse lui-même le trou, il ne se soucie nullement des conséquences dramatiques que cette réforme va engendrer. La pauvreté n’a jamais été un de ses sujets de bataille.



TOUT LE MONDE EST-IL D’ACCORD A LREM ?

A de rares exceptions près, sénateurs et députés Lrem obéissent au doigt et à l’oeil aux injonctions de Macron. La plupart ne doivent pas leur élection à leur compétence mais au fait d’avoir pris le bon train. Se sentant redevables et malgré de nombreux désaccords, peu se risquent à contredire le monarque. Les quelques démissions sont-elles sincères ou ciblent-elles un élargissement d’électeurs potentiels en vue des municipales ? L’avenir nous le dira



COMMENT CA FONCTIONNE ?

Il y a soi-disant des mécanismes modérateurs, mais ils ne sont d’aucune utilité. En gros, si un président avec son gouvernement veulent faire passer une loi, rien ne peut les en empêcher. Dans le cadre d’une loi proposée par le pouvoir en place, les votes de l’assemblée et du sénat ne sont qu’une simple formalité, même une mascarade… qui coûte bien cher aux contribuables.


EST-IL SOUVENT UTILISE ?

En théorie non, même si certains en ont abusé. Ces passages en force sont très peu appréciés par l’opinion publique et se retournent très souvent contre le président en place lors de son éventuelle reconduction.


J’accuse non seulement Macron d’avoir actionné le Lbd institutionnel, à savoir le 49.3 mais aussi d’avoir profité de circonstances dramatiques pour paralyser l’opinion publique, préoccupée par la propagation affolante du Coronavirus.


GENESE DES FAITS :

Faisant preuve d’un opportunisme presque morbide, le président a orchestré un plan machiavélique pour que le 49.3 ne soit pas la principale préoccupation des Français. Attention, il n’est pas responsable du moment de développement du coronavirus, il a « juste » minutieusement choisi le timing pour que l’info se détourne de la réforme des retraites. Alors qu’on ne parle encore que de quelques cas, que le nouveau ministre de la santé s’évertue à minimiser les risques, Macron déclare à la surprise générale que la France va au devant d’une épidémie et qu’il faut se préparer à l’affronter.

27 février 2020, annonce d’une future épidémie

Troublant quand on sait que le soir de l’intervention de Macron, le nombre de cas d’infections du coronavirus a plus que doublé. Probablement ces chiffres ont été soigneusement gardés secrets pour l’effet de buzz du président.

Le samedi 29 février, en plein week-end, le premier ministre annonce l’utilisation du 49.3 pour la réforme des retraites, estimant que les débats sont trop lents. Jamais le 49.3 n’a été employé pour une réforme si importante engageant l’ensemble des Français sur leur avenir. Parallèlement, le pays passe au niveau 2 épidémique, entraînant des mesures d’interdiction de rassemblement de plus de 5000 personnes dans un espace confiné. Une première polémique éclate. Le semi-marathon de Paris pourtant en extérieur est annulé alors que le match Paris-Saint-Germain contre Dijon est maintenu (plus de 40.000 spectateurs). D’aucuns dénoncent la connivence du gouvernement face aux arguments économiques…

L’hostilité populaire face au déclenchement du 49.3 sur le projet de réforme des retraites s’est spontanément manifestée le samedi 29 au soir et le dimanche 1er mars dans de nombreuses villes. Les permanences d’Edouard Philippe et de Gérard Darmanin ont même été taguées.


ET MAINTENANT ? L’avenir nous dira mais pas besoin de boule de cristal. Inéluctablement, le degré de dangerosité du coronavirus va grimper au niveau 3, avec pour conséquences l’interdiction de toutes les manifestations. La révolte qui s’organise risque donc d’être muselée. Déjà alors que nous étions toujours au niveau de l’alerte, des ministres et députés se sont dits surpris par la faible mobilisation du 3 mars et ce alors qu’une déferlante infernale (et pour l’instant démesurée) de surmédiatisation de la crise du corona virus fait paniquer les Français.


Quoiqu’il arrive, Emmanuël Macron a fait preuve d’une grande lâcheté en tirant profit de la situation. Tout homme digne de ce nom aurait suspendu son action avec délicatesse et loyauté. Il a fui et confisqué le débat. Comme d’habitude, il pense avoir tout mis sous contrôle, mais peut-être a-t-il mal évalué la force d’un peuple en colère !

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